2022 - une campagne de prospections dans les Alpes Poenines
Dans le cadre d’un complément au projet de recherche du Toûno, une campagne de prospections sur quatre sites aux caractéristiques générales similaires à celles du Toûno a été réalisée lors de l’été 2022 avec une équipe moyenne de cinq personnes. Ces quatre sites se situent dans les Alpes valaisannes, entre le Turtmanntal et le val d’Entremont.

Vue du replat où se trouve les deux noyaux de cabanes, visibles au premier-plan et à l’arrière-plan ©Ramha 2022
Le premier site se trouve au sud du Pas-de-Lona (2788 m), qui permet de passer entre le val d’Hérens et le val d’Anniviers. Deux noyaux de cabanes positionnées sur un replat, à 2800 m d’altitude, contre les pentes nord du Sasseneire, ont été investiguées. Hormis de rares éclats d’obus, aucun matériel typologique n’a été mis au jour. Cependant, des couches archéologiques caractérisées par des épandages de charbon à l’intérieur des cabanes ainsi qu’un foyer contre un mur intérieur d’une cabane ont été découverts. Des datations au radiocarbone sont prévues afin de placer un jalon chronologique pour l’occupation de ces structures.
2021 - le Tounô, un site similaire dans le Val d'Anniviers
Le Toûno, un site similaire au Mur (dit) d’Hannibal dans le Val d’Anniviers
L’été 2021, dans le cadre d’un travail de mémoire d’un membre du groupe scientifique, des opérations ont été réalisées sur la montagne du Toûno dans le Val d’Anniviers. Situé sur un replat à 2760 m d’altitude sur son flanc sud, le site présente les vestiges d’une trentaine de cabanes, découvertes en 2018 par Lambert Zufferey, un ingénieur passionné par l’histoire régionale. L’absence totale de données sur ces ruines a motivé une intervention.
Au cours de la quinzaine de jours de fouilles, deux moitiés de cabanes ont été excavées et un nombre restreint de sondages ont été réalisés. Les résultats préliminaires indiquent une occupation dans les deux derniers tiers du premier siècle avant J.-C. Les absences d’armes et de fortifications sur le site (ces dernières étant inutiles de par la situation escarpée de la position) n’excluent pas la possibilité que le Toûno s’inscrive dans le groupe des positions militaires de haute altitude mises en lumière ces dernières années entre le Valais et le Val d’Aoste. Des clous de chaussures romains, encore l’apanage des militaires servant Rome au 1er siècle avant J.-C. y ont d’ailleurs été retrouvés.
La haute altitude, la position géographique et la nature des vestiges soulèvent d’ores et déjà de nombreuses interrogations. Des compléments de datation au radiocarbone ainsi que des études spécialisées devraient permettre de préciser d’une part la chronologie d’occupation du site et d’autre part de préciser la fonction de cet établissement.
En Valais, l’archéologie de haute altitude, un défi logistique et humain – rts.ch – Valais

Fig. 1 Le Toûno, août 2021, effondrement d’un mur d’une des cabanes ©Ramha 2021

Fig. 2 Le Toûno, août 2021, un foyer en cours de fouille ©Ramha 2021

Fig. 3 Le Toûno, août 2021, vue du replat, sur lequel les cabanes se sont installées, durant la campagne de fouilles ©Ramha 2021
2015 – 2021 Etude palynologique du lac de Champex
Article paru en 2021 : https://doi.org/10.1007/s00334-021-00859-6
14 500 ans d’histoire de la végétation et de l’utilisation des terres dans la zone de montagne continentale supérieure au lac de Champex (Valais, Suisse)
Fabian Rey, Sandra O. Brugger, Erika Gobet, Romain Andenmatten, Andrea Bonini, Hannah Inniger, Corina Maurer, Nina Perret-Gentil-dit-Maillard, Julian C. Riederer, Oliver Heiri, Willy Tinner, Christoph Schwörer
Résumé (traduction RA RAMHA 2022)
Les forêts de la zone montagnarde continentale supérieure sont d’importants écotones entre les écosystèmes forestiers de basse altitude et subalpins. Une compréhension approfondie de la dynamique passée de la végétation à moyenne altitude est cruciale pour évaluer les déplacements altitudinaux passés et futurs des espèces d’arbres en réponse au changement climatique. Les sédiments lacustres du lac de Champex (1467 m d’altitude), un petit lac du canton du Valais, dans les Alpes de Suisse occidentale, ont été analysés pour reconstituer la végétation, l’utilisation des terres et l’histoire des incendies au cours des 14 500 dernières années en utilisant du pollen, des macrofossiles, des palynomorphes non polliniques et du charbon de bois. Les archives indiquent que la ligne des arbres avait déjà atteint la région de Champex pendant l’Allerød (12’050 av. J.-C.) mais qu’elle est descendue en dessous du bassin versant du lac pendant le refroidissement du Dryas récent (10’800-9’600 av. J.-C.). La reforestation a recommencé avec le bouleau et le pin sylvestre au cours de l’Holocène précoce, à 9’800 av. J.-C., en réponse au réchauffement rapide du climat. Les espèces d’arbres tempérées (orme, tilleul, chêne, érable) ont peut-être atteint l’altitude du lac pendant le maximum thermique de l’Holocène (vers 8’050-3’050 av. J.-C.). Les forêts mixtes avec le sapin blanc mésophile étaient dominantes entre 5’550 et 3’050 av. J.-C. Les expansions massives de l’épicéa après 3’050 av. J.-C. et des fourrés d’aulne vert après 2’550 av. J.-C. ont été directement liées à l’augmentation des perturbations humaines. Les valeurs élevées de spores de champignons coprophiles, dont des sporormiella, et de pollen de céréales suggèrent l’existence d’une agriculture pastorale et arable sur le site à partir du Néolithique final/récent et de l’âge du Bronze précoce (dès 3’050 av. J.-C.). Nos données impliquent que la végétation à une altitude intermédiaire a été moins affectée par les activités humaines qu’à des altitudes plus élevées ou plus basses, mais que ces zones intermédiaires ont servi de stations importantes entre les établissements permanents dans les vallées et les cabanes alpines occupées de façon saisonnière à des altitudes plus élevées. Nous soutenons que le réchauffement climatique à venir entraînera des réorganisations radicales des écosystèmes de montagne.
À la fin du Moyen-âge, la construction d’un bisse depuis le Val d’Arpette voisin a dû entraîner des changements substantiels dans les écosystèmes du lac, puisque beaucoup d’eau riche en oxygène a été ainsi apportée. De même les apports de sédiments dans le lac ont été modifiés et des apports de tourbe provenant de l’érosion des marais situés au nord du lac se sont mêlés aux alluvions. A partir de cette époque, le lac a probablement été utilisé comme un réservoir naturel pour irriguer les prairies de la vallée autour du village d’Orsières.
Bilan des recherches et interprétations au 31.12.2020
Le dernier bilan de ce type dressé sur www.ramha.ch date de la fin de l’année 2018 et nous vous proposons tout d’abord de retracer les travaux réalisés ces deux dernières années ainsi que leurs implications.
Au niveau du Mur (dit) d’Hannibal lui-même, la dernière intervention archéologique sur le terrain RAMHA y a été conduite durant l’été 2019 avec le prélèvement d’un bloc micromorphologique dans l’un des bâtiments déjà explorés. Cette intervention avait été souhaitée suite à une table ronde des chercheurs collaborant sur le projet en janvier 2019 et l’étude de ce prélèvement est en cours actuellement. Les résultats préliminaires permettent déjà d’annoncer que la conservation des dépôts est très favorable et qu’un développement similaire aux prélèvements déjà étudiés semble se dessiner. Cette analyse viendrait ainsi confirmer l’aspect événementiel de l’occupation principale du site. Les résultats définitifs de l’étude sont attendus pour février.
En ce qui concerne l’étude des macrorestes végétaux, les observations sont terminées tandis que des comparaisons ainsi que la rédaction du chapitre sur les résultats doivent encore être réalisées. La majeure partie des observations sur les ossements et charbons de bois sont également terminées et leurs résultats sont attendus pour février.
L’étude palynologique sur la base des carottages du lac de Champex sera publiée dans le cadre d’un article durant le premier semestre 2021 puis ses résultats seront repris dans la monographie de site.
Une étude dendrochronologique est également en cours à partir des bois récoltés sur le Col d’Annibal. Ces derniers ont pu être synchronisés et devraient permettre l’obtention de datations absolues dans les semaines qui viennent. Une synchronisation avec des fragments de bois et des charbons de bois d’autres positions, dont du Mur (dit) d’Hannibal sera aussi tentée dans le cadre de ce travail.
La trentaine de datations par le radiocarbone réalisées à l’université de Berne en 2019 consolident également le modèle proposé pour l’occupation du Mur (dit) d’Hannibal est de plusieurs autres positions. En effet, la majorité de ces datations et plus particulièrement celles réalisées sur des macrorestes végétaux s’inscrivent dans une fourchette chronologique serrée cohérente avec les datations typologiques des objets récoltés. La période principale d’occupation du Mur (dit) d’Hannibal selon l’archéologie se situerait ainsi entre 45 (terminus post quem radiocarbone) et 16/15 avant J.-C. (terminus ante quem sur la base des diamètres des clous de chaussures). Pour ce qui concerne l’interprétation fonctionnelle du site et la caractérisation de ses occupants, les hypothèses les plus probables de 2018 restent valables et se voient même renforcées (voir en fin de bilan).
Initialement prévue en février 2021, une table ronde des chercheurs travaillant sur le projet de publication a malheureusement dû être reportée à l’été en espérant que la situation sanitaire permettra sa tenue dans de bonnes conditions. Des visioconférences bilatérales ou en petits groupes se tiendront cependant en février pour que chaque chercheur présente ses résultats définitifs. L’objectif de posséder des chapitres et d’entamer l’édition du volume du Mur (dit) d’Hannibal est ainsi fixé à la fin 2021. La monographie sortirait donc durant l’année 2022.
La nécessité de poursuivre l’étude entreprise autour du Mur (dit) d’Hannibal pour mieux le comprendre dans son contexte avait été exprimée lors de la table-ronde de 2019. Les recherches sur des sites similaires se sont ainsi poursuivies aussi bien sur le terrain en Valais qu’en Vallée d’Aoste dans le cadre d’une collaboration RAMHA – Surintendance pour les activités et les biens culturels de la Région autonome Vallée d’Aoste.
On peut ainsi mentionner la découverte de deux nouveaux sites en Valais, et d’au moins un en Vallée d’Aoste. Ces nouvelles observations amènent à un total d’une vingtaine de positions recensées dont une dizaine ont été investiguées à des degrés variés.

Campement de l’équipe valdôtaine/valaisanne sur un site valdôtain en cours d’étude en été 2020 (© RAMHA 2020).
En 2019 et 2020, deux campagnes d’investigations ont été conduites sur deux sites valdôtains déjà repérés anciennement et l’étude d’un troisième site fouillé durant les années 2000 a été reprise.
Les résultats obtenus permettent d’assurer que la dizaine de positions investiguées ont été occupées dans une fourchette chronologique similaire à la datation archéologique de l’occupation principale du Mur (dit) d’Hannibal (Seconde moitié du premier siècle avant J.-C.). Des objets inscrits d’un nom d’officier identique ont été retrouvés sur deux sites et permettent de proposer la présence de troupes de la même unité sur ces deux positions distantes de 3.8 km et visibles entre elles. L’observation de l’armement retrouvé sur plusieurs positions amène à réfléchir sur les éventuelles spécialisations des troupes engagées (fantassin, frondeurs, archers).
Pour le Valais, les sources historiques et archéologiques ont été croisées dans le cadre d’un article de synthèse à paraître en 2021 (Aberson et Andenmatten). Ce travail a permis de renforcer les hypothèses (Andenmatten et Aberson 2019) d’une intégration du Valais dans la zone d’hégémonie romaine plus précoce qu’habituellement retenue en 25 ou 16/15 avant J.-C. et d’un Mur (dit) d’Hannibal faisant probablement partie d’un réseau de positions dans le cadre des opérations militaires romaines autour et en territoire salasse entre 35 et 25 avant J.-C.
Bien que leur étude n’ai pas été réalisée sous cet angle, certains éléments militaires retrouvés au Col du Grand-St-Bernard pourraient être réinterprétés au regard des nouvelles données et attesteraient de circulation, si ce n’est d’une position similaire aux autres sur ce passage obligé prioritaire. Un choix qui semblerait presque nécessaire au vu des autres fortifications de cette même époque repérées sur l’arête frontière.
Le Mur (dit) d’Hannibal pourrait ainsi être l’une des positions occupées par les troupes romaines durant leurs opérations contre les Salasses entre 35 et 25 avant J.-C. Il est en effet visible depuis d’autres positions investiguées. Des communications depuis le Mur (dit) d’Hannibal, position tactique de contrôle d’une voie de rocade de l’axe du Grand-St-Bernard, jusqu’à l’entrée du Vallon de la Thuile, accès au Petit-St-Bernard où une occupation de la même période a été repérée, serait d’ailleurs possible en 4 relais sur des positions pour lesquelles des troupes romaines sont attestées durant la même période.
Quant à la datation de l’entrée du Valais dans la zone d’hégémonie romaine (voir Aberson et Andenmatten 2021 à paraître), les recherches sur le Mur (dit) d’Hannibal sont à l’origine des réflexions ayant amené à discuter les dates communément admise (25-16/15 avant J.-C.). Le Bas Valais et le Valais central auraient ainsi peut-être déjà intégré l’imperium Romanum entre 57 et 35 av. J.-C., une à trois décennies plus tôt.
La poursuite des études à partir des investigations de terrain déjà réalisées, une nouvelle table ronde en été 2021 et des recherches préliminaires sur une ou deux positions inédites sont planifiées pour 2021. Espérons que les conditions leur seront favorables.
2019, l’inscription en alphabet (dit) de « Lugano »
Un article de synthèse sera publié prochainement pour ce qui concerne l’inscription en alphabet (dit) de « Lugano » et ce dernier vous sera mis à disposition. Cette étude permet plusieurs avancées en ce qui concerne la compréhension de l’inscription du Mur (dit) d’Hannibal et nous nous devons de vous signifier que l’état de la recherche présenté en 2014 s’en trouve partiellement obsolète.
Aberson M., Andenmatten R., Casini S., Fossati A. E. et Wachter R., « Entre Celtes et Romains : la dédicace à Poeninos du Mur (dit) d’Hannibal », à paraître in Estarán Tolosa M. J., Dupraz E. et Aberson M., Parole per gli dèi, Dediche religiose in lingue epicoriche del Mediterraneo Occidentale, actes du colloque des 18-19 mai 2017 à Rome, Etudes genevoises sur l’Antiquité, à paraitre en 2019.
Bilan des recherches et interprétations au 31.12.2018
S’il semblait s’agir à ses débuts d’un site unique dont l’explication viendrait par la seule exploration archéologique locale, il est nécessaire de constater aujourd’hui, que cette position exceptionnelle par son emplacement et ses caractéristiques n’est pas seule et pourrait s’intégrer dans un dispositif tactique de plus d’une dizaine de sites non moins exceptionnels. La compréhension du Mur (dit) d’Hannibal passe dès lors par l’étude du réseau dans lequel il pourrait s’inscrire et les interprétations du site peuvent ainsi véritablement être confrontées à un ensemble comparable et aux sources antiques. Les implications historiques de cette recherche sont grandes car la mise en place de l’hégémonie romaine constitue l’entrée dans l’Histoire des Alpes Poenines.
Le Mur (dit) d’Hannibal
Cette position semble combiner deux types d’occupations avec une enceinte fortifiée monumentale et plus de trente cabanes sur l’arête rocheuse et le promontoire sud qui constituent les points hauts du site et plus d’une cinquantaine d’abris relativement frustes dans les moraines à sa périphérie. Si les vestiges de plusieurs passages postérieurs à l’occupation principale ont pu être observés au travers du matériel récolté sur les chemins et à l’extérieur des structures, l’ensemble issu des bâtiments est très cohérent et permet de dater l’occupation principale de la forteresse et au moins une partie, si ce n’est la totalité, des abris périphériques de la seconde moitié du premier siècle avant J.-C. L’intégration du site dans un dispositif et l’étude des sources antiques pourraient même permettre de réduire la fourchette aux années 35-25 avant J.-C. Une décennie marquée par trois interventions militaires romaines successives en territoire salasse ; la population qui occupait la Vallée d’Aoste.

Fig. 1 plan provisoire des vestiges ( © RAMHA 2019)
En ce qui concerne les occupants du site, il reste toujours difficile de leur proposer une identité. Leurs cultures matérielle et immatérielle (à l’exemple de l’inscription) semblent mixtes entre monde indigène et romain tandis qu’une séparation en deux horizons distincts reste impossible archéologiquement. Si une présence antérieure de l’un des deux groupes (des indigènes ou des romains) reste impossible à totalement évacuer, l’hypothèse la plus probable semble que la position ait été occupée par des auxiliaires de l’armée romaine ; des indigènes qui servaient Rome.
Faire partie d’un dispositif ?
Ces auxiliaires auraient-ils alors participé à l’une des opérations romaines chez les Salasses. Le choix tactique de l’emplacement du camp fortifié, les datations similaires de plusieurs des autres positions explorées et leur intervisibilité directe ou indirecte (via des sites reconnus) seraient volontiers des arguments en ce sens. Sans l’exploration plus approfondie de l’ensemble du dispositif, il reste cependant difficile d’affirmer quoi que ce soit car les datations archéologiques à notre disposition (des fourchettes au mieux de 30 à 60 ans) ne nous permettent pas de vérifier si l’ensemble du dispositif correspond à un événement et la faible quantité de mobilier récolté est insuffisante pour tenter de comparer les occupants du Mur (dit) d’Hannibal avec ceux de la majorité des autres positions. Gageons cependant que l’augmentation des données issues des différents sites (surtout la découverte de nouveaux termini post quem, date après laquelle peut se passer un événement et la mise en évidence de la panoplie de chaque site) permettra dans les années à venir de consolider ou infirmer cette impression.

Plusieurs catégories de positions semblent par exemple déjà se dessiner sans pour autant être fermées, car des combinaisons ou des situations intermédiaires semblent possibles (à l’exemple du Mur (dit) d’Hannibal):
- Campements ponctuels sans fortification (utilisation unique et vestiges très frustes presque sans mobilier ou niveau d’occupation, jusqu’à une cinquantaine d’abris)
- Camps saisonniers sans fortification mais avec des cabanes (jusqu’à env. une trentaine de cabanes, niveaux d’occupation et mobilier varié)
- Camps saisonniers fortifiés avec des cabanes (jusqu’à env. une trentaine de cabanes, niveaux d’occupation et mobilier varié)
- Positions fortifiées (murs de barrages) avec occupations limitées (moins d’une dizaine à une dizaine d’abris, faibles niveaux d’occupation mais présence de mobilier, un stationnement complémentaire sans structure permanente sur ces positions reste une possibilité.
Seule l’exploration plus approfondie d’une sélection des positions déjà repérées, et pourquoi pas la découverte de nouveaux sites, permettront de mieux comprendre et dater cette importante présence humaine en haute voire très haute montagne. Un phénomène qui semble unique dans l’histoire antique des Alpes.
Ces recherches en partenariat avec le Valais et la Vallée d’Aoste se poursuivront en 2019 en parallèle du projet RAMHA de publication et de valorisation.
Nous remercions pour leurs soutiens et leurs collaborations, Madame Caroline Brunetti, archéologue cantonale du Valais et Madame Alessandra Armirotti, notre référente auprès de la Soprintendenza per i beni e le attività culturali de la Regione Autonoma Valle d’Aosta ainsi que son équipe.
Nous profitions également de remercier encore la dizaine de bénévoles ayant participé à la campagne 2018 car rien n’aurait été possible sans eux.
2018 des interventions ponctuelles
Après une année 2017 sans interventions de terrain, le groupe scientifique RAMHA a organisé plusieurs sorties bénévoles de un à deux jours durant l’été 2018. Généralement les investigations ciblaient un site ou une voie de passage. Leur grande particularité est d’avoir été menées non plus uniquement en collaboration avec l’archéologie cantonale valaisanne mais également avec la Soprintendenza a i beni e ativittà cultural de la Vallée d’Aoste.

Fig. 1 Plan de Tcholeire, vue de détail du sondage 3 dans l’anomalie A016, un niveau diffus d’occupation charbonneux apparaît en plan, © RAMHA 2018.
Les interventions ont ainsi permis d’effectuer la documentation de plus d’une cinquantaine d’abris ou de fondations d’abris dans le secteur du Plan de Tcholeire, au nord des Cols de Barasson, d’explorer conjointement avec les collègues valdôtains l’arête orientale et le plateau sud-est du Col Ouest de Barasson, de compléter les observations réalisées en 2016 sur le site du Mont Carré et de mener deux jours de recherches préliminaires conjointes sur le site de Punta Fetita en Vallée d’Aoste. Des randonnées ont également été menées par l’équipe sur des voies de passage de la région.

Fig. 2 Mont Carré, vue de détail du sondage 7 dans l’anomalie A010, un niveau d’occupation charbonneux apparaît en plan, © RAMHA 2018.
Il est intéressant de relever que les résultats obtenus lors de ces prospections (datations similaires, structures et catégories de matériel proches) confortent l’impression mise en évidence en 2016 qui tendait à faire penser que plusieurs des sites explorés pourraient faire partie d’un dispositif à l’échelle régionale.
Cependant, l’étude semble également mettre de plus en plus en évidence des différences entre les positions qu’il sera probablement possible de classer à moyen terme.
L’état des réflexions est présenté ci-dessus.
2014 - 2016 - Les campagnes d’investigations
En juillet-août 2014 et 2015 puis en juillet 2016. L’association RAMHA a mené trois campagnes d’investigations sur le site archéologique du Mur (dit) d’Hannibal. Ces interventions correspondent à trois mois et demi de travail pour une équipe de deux archéologues encadrant jusqu’à 6 étudiants accompagnés ponctuellement de bénévoles.
La base de recherches RAMHA a ainsi accueilli au maximum 8 personnes et des tentes supplémentaires ont dû parfois être installées à sa périphérie pour 4 personnes additionnelles.

Fig. 1 Mur (dit) d’Hannibal, juillet 2014, la base de chantier RAMHA et le site vus depuis l’arête de la Pointe de Toules, © RAMHA 2014.
Les conditions météorologiques ont été très variables. En 2014 et 2016, la neige, jusqu’à plusieurs dizaines de centimètres en une nuit, et le froid ont été au rendez-vous et ont mis l’équipe et le matériel à rude épreuve tandis que l’année 2015 a été particulièrement agréable et les nuits étonnamment chaudes.

Fig. 2 Mur (dit) d’Hannibal, juillet 2015, documentation des sondages du promontoire méridonal, © RAMHA 2015.
Les principes mis en œuvre durant ces trois campagnes ont été : de ne jamais excaver un bâtiment dans son entier, de minimiser l’emprise des sondages secondaires, de n’effectuer que des prospections ciblées, de toujours refermer les excavations dans l’année en prenant bien soin de mettre en place un géotextile en fond de fouille et de laisser des marqueurs chronologiques. Ces choix ont porté leurs fruits et permettent, aujourd’hui, une compréhension assez précise de l’occupation du site tout en ayant eu un impact modéré sur l’ensemble des vestiges. La datation de l’occupation principale dans la seconde moitié du premier siècle avant J.-C. a pu être confirmée tandis que des présences ponctuelles postérieures ont aussi pu être mises en évidence.
Chaque année, un sondage d’une dizaine de m2 a été ouvert sur la moitié d’un bâtiment sélectionné pour ses caractéristiques particulières. Des sondages secondaires ont ensuite été positionnés en divers emplacements : sur un tronçon effondré du Mur d’enceinte, dans d’autres structures ou anomalies (par exemple l’abri de l’inscription en 2014) ou sur des secteurs difficiles à appréhender (comme le promontoire sud en 2015).

Fig. 3 Mur (dit) d’Hannibal, juillet 2016, fouille du local 20 sous serre et neige, © RAMHA 2016.
Les quelques 350 objets et restes mis au jour ainsi que les plus de 1000 kilogrammes de sédiments prélevés, transportés et tamisés permettent aujourd’hui non seulement, de dater les installations, de comprendre qui étaient les occupants des lieux par leurs céramiques, armes, parures et ustensiles, d’appréhender la vie sur place ainsi que les modes d’approvisionnement et de consommation si importants pour occuper même d’une manière événementielle un tel environnement. L’expérience du groupe de chercheurs qui passait des semaines en autarcie sur place constitue ainsi également un acquis pour la compréhension de la vie en ce lieu.
En 2016, après trois semaines sur le site du Mur (dit) d’Hannibal, il a été décidé, pour la fin juillet et le mois d’août, d’élargir les recherches à d’autres positions présentant quelques caractéristiques similaires. Ainsi, une équipe de 5 à 6 membres du groupe scientifique RAMHA a réalisé des études préliminaires sur 4 positions peu voire jamais investiguées. Il s’agit des Cols Ouest et Est de Barasson durant 2 semaines (Bourg-Saint-Pierre, Valais), du Col d’Annibal durant une semaine (Bourg-Saint-Pierre, Valais) et du Mont Carré (Nendaz, Valais). Ces interventions de courte durée ont permis de réaliser un plan provisoire des vestiges de chacun des sites, d’y réaliser quelques sondages exploratoires ou des prospections et ainsi d’en proposer des premières datations et interprétations. Enfin, en août 2016, quelques randonnées ciblées ont été menées en des emplacements présentant un intérêt topographique et tactique similaire aux positions connues et ont permis de repérer un site inconnu.

Fig. 4 Col Est de Barasson, juillet 2016, documentation préliminaire des vestiges, © RAMHA 2016.
L’objectif de ces nouvelles interventions était de permettre une meilleure intégration des travaux réalisés sur le Mur (dit) d’Hannibal dans les contextes régional et historique. L’intervisibilité entre plusieurs de ces sites ainsi que les datations préliminaires dans une fourchette similaire pour toutes les positions sont alors d’excellentes nouvelles.
Les résultats de ces trois campagnes d’investigations sont tout à fait inédits pour l’arc alpin.
La somme des réflexions et interprétations issues de ces recherches peut être suivie dans le cadre du bilan général présenté ci-dessus.
2014, l’inscription à caractères lépontiques
Fig. 1 Liddes VS, Mur (dit) d’Hannibal. Bloc de gneiss dans l’abri (ST45), comportant deux lignes d’une inscription à caractères (dits) lépontiques (passées à la craie !). Photographies TERA Sàrl 2009.

Figure 2, Liddes VS, Mur (dit) d’Hannibal. Retranscription l’inscription à caractères (dits) lépontiques, poenino / ieu[iseu
Le 16 juillet 2012, un groupe d’experts italiens des inscriptions lépontiques, composé de madame Stefania Casini et messieurs Francesco Rubat-Borel et Angelo Fossati est venu sur le site et a analysé l’inscription. L’ensemble de la seconde ligne de l’inscription, qui nous résistait, a pu être transcrite à cette occasion. En 2013, Madame Stefania Casini et messieurs Angelo Fossati et Philippo Motta ont publié l’inscription du Mur (dit) d’Hannibal dans le cadre d’un article auquel nous nous référons pour cette notice. Nous les remercions pour leur collaboration. Ils ne peuvent authentifier l’inscription de façon absolue mais considèrent que plusieurs aspects contribuent à la rendre crédible [1].
Les caractères ont été reconnus comme de la deuxième phase de l’alphabet dit « lépontique » ou « de Lugano »[2] (Fig. 3). Ces signes sont datés entre le 4e siècle avant J.-C. et la première moitié du 1er siècle après J.-C.[3]. Cette fourchette chronologique correspond aux datations archéologiques obtenues de 2009 à 2014 (une occupation du site dans la seconde moitié du premier siècle avant J.-C. est attestée archéologiquement) [4].

Figure 3, . Alphabet de Lugano. Tiré de Motta 2000, fig. 1, modifié par Rubat-Borel 2006, fig. 1.
L’inscription a été effectuée sur un bloc de gneiss vertical et lisse (<0.70 m) qui fait partie du mur porteur du fond de l’abri. La surface occupée par l’inscription est de 0.32 m par 0.19 m. L’inscription se développe sur deux lignes superposées. Les deux lignes sont composées de 7 signes. Tous les signes mesurent entre 60 mm et 70 mm de hauteur pour un maximum de 50 mm de largeur (2ème signe depuis la gauche, ligne supérieure). Les deux lignes sont courbes alors que la forme et la taille du bloc ne s’opposaient pas à des lignes horizontales. A l’extrémité droite des deux lignes, les signes présentent un angle d’environ 43° par rapport à l’horizontale tandis que les signes à la gauche des deux lignes sont proches de 89° par rapport à l’horizontale. Les gravures ont une profondeur entre 0.5 mm et 3 mm et une largeur entre 5 mm et 12 mm. L’incision des lettres est en forme de « U » plutôt qu’en « V ». L’inscription semble avoir été effectuée avec un outil métallique par percussion indirecte (marteau et burin).
Tous les signes sont orientés en direction de la gauche. Une orientation sinistroverse est couramment connue pour ce type d’alphabet au travers de plusieurs exemples [5]
La transcription de la ligne supérieure de l’inscription se lit relativement aisément comme un « poenino » et semble faire référence à la divinité celtique Penninos[6] ou Poininos/Poeninos/Poeninus[7]. La présence de noms au nominatif avec omission du « S » final n’est pas peu fréquente dans les inscriptions celtiques et devrait être préférée à une interprétation de datif « à la latine » [8]. La présence de la diphtongue « OE » à la place d’un « E » serait le résultat d’une paraétymologie erronée entre le nom du Dieu Penninos et les carthaginois, Poeni, existant déjà dans l’antiquité [9].
La ligne inférieure de l’inscription est beaucoup plus difficile à transcrire. Si les trois premiers signes semblent clairement être ieu, les suivants n’ont pu qu’être déterminés par les spécialistes.
poenino
ieu[iseu]
La forme ieuiseu reste inconnue mais les spécialistes la considéreraient comme une épithète de la divinité [10]. L’interprétation d’une déclinaison du verbe ieuru « a offert, a dédié » avec un « R » latin à la place du « IS » ligaturé lépontien est faible du point de vue paléographique et semble pouvoir être abandonnée d’un point de vue linguistique. Cette variante nécessiterait également de considérer le poenino de la première ligne comme un datif à la latine et non pas comme un nominatif avec omission de « S ». Ce qui semble peu probable pour une telle inscription [11].
L’inscription du Mur (dit) d’Hannibal est la seconde inscription à caractères lépontiques valaisanne après la découverte d’une petite plaquette de schiste gravée à Argnou en 2003 [12]. Elle est donc une pièce importante à verser au dossier des documents avec ce type d’alphabet découverts en Valais (quatre statères d’or à légende épigraphe et deux inscriptions).
Des charbons de bois et des sédiments prélevés au pied de l’inscription, dans l’abri qui la protège, devraient être analysés prochainement. Les datations par le radiocarbone sur les charbons et l’analyse des restes organiques dans les sédiments devraient apporter de nouveaux éléments à la discussion.
Pour plus de détails, nous vous renvoyons à l’article déjà cité de S. Casini, A. Fossati et Ph. Motta en 2013.
Bibliographie
CASINI, FOSSATI & MOTTA 2008.
CASINI, S., FOSSATI, A. & MOTTA, F., Incisioni protostoriche e inscrizioni leponzie su roccia alle sorgenti del Brembo ( Val Camisana di Carona, Bergamo). Note preliminari, Notizie Archeologiche Bergomensi 16, 2008, pp. 75-101.
CASINI, FOSSATI & MOTTA 2013.
CASINI, S., FOSSATI, A. & MOTTA, F., L’iscrizione in alfabeto di Lugano al Mur d’Hannibal (Liddes, Valais), Notizie Archeologiche Bergomensi 21, 2013, pp. 157-165.
MOTTA 2000.
MOTTA, F., La documentazione epigrafica e linguistica. In BIAGGIO, S.& DE MARINIS, R. (éd.), I Leponti tra mito e realta. Vol. II, Locarno, 2000, pp. 181-222.
QUARTIER-LA-TENTE 2007.
QUARTIER-LA-TENTE, V., L’énigme du Mur d’Hannibal! Enfin une piste!, La vallée du Gd-St-Bernard, Liddes et Bourg-St-Pierre vous informent…, Liddes, 2007, pp. 12-13.
RUBAT-BOREL 2006.
RUBAT-BOREL, F., Nuovi dati per la storia delle lingue celtiche della cisalpina. In VITALI, D. (dir.), Celtes et Gaulois, l’archéologie face à l’histoire. 2, la préhistoire des celtes, actes de la table ronde, Bologne, 28-29 mai 2005, Bibracte 12/2, pp. 203-205.
RUBAT-BOREL 2011.
RUBAT-BOREL, F., Les dédicaces préromaines à Poininos/Poeninus: un faux ami entre la langue celtique et Poeni, le nom latin des Crathaginois. In JOSPIN, J.-P. & DALAINE, L. (éd.), Hannibal et les Alpes, catalogue de l’exposition, Grenoble, 2011, Gollion, pp. 91-93.
RUBAT-BOREL & PACCOLAT 2008.
ROBAT-BOREL, F. & PACCOLAT, O., Une inscription à caractères lépontiques découverte à Argnou, commune d’Ayent VS, Annuaire d’Archéologie Suisse 91, 2008, pp. 127-133.
[1] CASINI, FOSSATI & MOTTA 2013, 160 et 163.
[2] M. V. Quartier-la-Tente est le premier à avoir identifié les sigles de l’inscription comme lépontiques en 2007 (Quartier-La-Tente 2007, 12), l’alphabet choisi dans ce travail est celui publié chez Rubat-Borel/Paccolat 2008, 131.
[3] Rubat-Borel/Paccolat 2008, 131.
[4] Effectuer une gravure dans le gneiss n’est pas facile. Par ailleurs, la découverte de l’inscription est antérieure aux analyses C14. Or, A l’époque, personne n’avait pu attribuer avec assurance le site à l’époque protohistorique.
[5] L’inscription découverte à Argnou en 2003 en Valais, présente une ligne inférieure sinistroverse (Rubat-Borel/Paccolat 2008, 130 et 131). Les inscriptions lépontiques publiées par Casini/Fossati/Motta 2008, 83, 88 et 91 sont exclusivement sinistroverses. Les stèles de Mezzovico, Vira Gambarogno Davesco, Banco et Aranno et nombre de graffitis publiés par Motta 2000, 198 et 199, 201-203, 207, 210-215 sont également sinistroverses. Des inscriptions lépontiques dextroverses et boustrophédon sont également connues. La ligne supérieure de l’inscription d’Argnou est par exemple dextroverse (Rubat-Borel/Paccolat 2008, 130 et 131).
[6] Deux inscriptions en alphabet lépontique du deuxième type, dédiées à la divinité Poininos sous la forme de poininos ou poinunei, ont été découvertes sur le site de Camisana à Carona (IT) (Casini/Fossati/Motta 2008, 95 et 99).
[7] Tite-Live, Ab Urbe Condita XXI, 38. Pour les attestations archéologiques de la divinité Poeninius sur les tablettes votives du Plan de Jupiter au Grand-Saint-Bernard, Wiblé 2008, 103.
[8] CASINI, FOSSATI & MOTTA 2013, 161.
[9] CASINI, FOSSATI & MOTTA 2013, 161.
[10] CASINI, FOSSATI & MOTTA 2013, 158.
[11] CASINI, FOSSATI & MOTTA 2013, 162.
[12] Rubat-Borel/Paccolat 2008.
2012, le relevé 3D
Les 16 juillet et 10 août 2012, des relevés par photogrammétrie, permettant d’obtenir un modèle 3D du terrain texturé, ont été effectués sur le site du Mur (dit) d’Hannibal.
Le petit drone octocoptère piloté par M. Olivier Feihl, de la société Archéotech, d’Epalinges (VD), a effectué près de 1600 prises de vues panoramiques qui après plusieurs heures en super calculateur ont permis de topographier près de 50’000m2 avec une précision de l’ordre de 2cm.

Figure 1 – Orthophoto du Mur (dit) d’Hannibal, prise de vue avec le drone
Ce relevé novateur nous fourni un modèle tridimensionnel du site dans son environnement. Ceci nous permet d’extraire de véritables ortophotographies en plans horizontaux et verticaux, d’extraire des profils de structures ou de terrain et au moyen de filtres d’analyser des anomalies du relief difficilement décelables.
Ces documents nous offriront un gain de temps et de précision important lors de nos futures campagnes, en permettant une documentation des vestiges directement sur les orthophotographies.

Figure 2 – Orthophoto – Mur (dit) d’Hannibal – modèle numérique de terrain avec colorisation de l’altimétrie ( bleu = minimale, rouge = maximale )
Je tiens encore à remercier chaleureusement M. Olivier Feihl et Archéotech SA pour leur soutien au projet RAMHA et je vous invite à visiter le site www.archeotec.ch si vous désirez plus d’informations sur le potentiel de ces nouvelles techniques.
Une vidéo de la chaine TV Canal 9 présentant les vols du drone est visible sur notre page « Notre présence dans les médias ».
Quelques données techniques sur le drone octocoptère ASCTEC FALCON 8
- propulsion à 8 rotors à doubles pales et motorisation autonome
- charge utile de 750 g
- durée de vol avec une batterie d’environ 10 min à 2650 m d’altitude (plus de 20 à l’altitude de la mer)
- poids maximal de 2,2 kg au décollage
- vol jusqu’à un vent d’une vitesse de 10m/s (36km/h)
- système de positionnement GPS et altimétrique
- plateforme gyroscopique stabilisée pour supporter la caméra

Figure 3 – Le drone ASCTEC FALCON 8 http://www.asctec.de
Prise de vue avec le drone durant l’apéro

Figure 4 – Les archéologues surpris par le drone durant une pause bien méritée
2009 – 2010, les premières fouilles
Les campagnes de sondages exploratoires
Deux campagnes de sondages de deux semaines ont été organisées avec le soutien de la commune de Liddes et de l’entreprise TERA Sàrl en 2009 et 2010.
La première campagne de sondage s’est déroulée du 3 au 14 août 2009. A la fin de la première semaine, Nathanaël Carron (étudiant) et Romain Andenmatten (étudiant et responsable sur le terrain) sont rejoints par un troisième étudiant en archéologie, Frédéric Favre. Un premier sondage (SD001, 1m x 3m) est ouvert durant la première semaine, sur l’aval de l’anomalie A01 (local L01, Fig. 1). Ce sondage est effectué en quatre décapages et relevés successifs (Fig 2 et 3). Lors de la seconde semaine, une extension de 1m par 3m du SD001 est opérée en deux étapes successives (Fig. 4).

Figure 1, Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, local L01 avant intervention, vue vers le nord, Andenmatten 2009.

Figure 2, Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, sondage SD001 sur le local L01, premier décapage sur la démolition, vue vers le nord, Andenmatten 2009.

Figure 3, Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, sondage SD001 sur le local L01, troisième décapage et apparition du mur aval du local, vue vers le nord, Andenmatten 2009

Figure 4, Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, extension est du sondage SD001 sur le local L01, second décapage sur le niveau de sol intérieur et le mur aval du local, vue vers le sud-est, Andenmatten 2009.
Les relevés sont complétés à chaque étape. Un second sondage (SD002, 3.5m x 3m) est également ouvert à l’extrémité du tronçon nord-ouest très arasé de l’enceinte (Fig. 5). La couche de démolition à l’aval de l’enceinte est fouillée depuis l’aval dans le but de mettre en évidence un parement conservé et le résultat documenté par un plan. Toutes les étapes de travail font l’objet de nombreuses photographies et de descriptions. A la fin de la seconde semaine, le site est remis en état (sondages remblayés et mottes de surface replacées).

Figure 5, Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, sondage SD002 sur le tronçon nord-ouest (M16) très arasé du mur d’enceinte, premier décapage, vue vers le sud-est, Andenmatten 2009
La deuxième campagne s’est déroulée du 9 au 20 août 2010. Rémy Berger (en formation de technicien de fouille) accompagne Romain Andenmatten durant les deux semaines tandis que Nathanaël Carron et Erwan le Bec les rejoignent en seconde partie de campagne. Le premier sondage (SD001) est étendu dans un premier temps de 1m en direction de l’est et de 1m en direction de l’amont, en deux décapages et relevés successifs. Le SD001 est ensuite élargi de 1m en direction de l’ouest, en deux étapes successives qui permettent la mise en évidence de l’ensemble du local L01 (Fig. 6 et 7).

Figure 6, Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, sondage SD001 avec les extensions 2010, fond de fouille sur l’ensemble du local L01, vue zénithale, Andenmatten 2010
Des relevés de surface sont ensuite effectués pour compléter le plan général des anomalies et des structures. Un troisième sondage (SD003) de 1m par 2m est ouvert en deux étapes sur l’anomalie A12 (enlèvement de l’humus et prélèvement de charbons dans la couche d’occupation) (Fig. 8). Des dessins, photographies et descriptions sont effectués à toutes les étapes du travail. A la fin de la seconde semaine, le site est remis en état (sondages remblayés et mottes de surface replacées).

Figure 7, Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, sondage SD003 sur l’anomalie A12 (futur local 12), premier décapage, vue vers l’ouest, Andenmatten 2010.
À la suite de ces deux campagnes de sondages, les sédiments d’occupation prélevés lors des fouilles sont tamisés en laboratoire pour analyses.
Romain Andenmatten est alors en première année de Master en Archéologie aux universités de Lausanne et Neuchâtel et pense de plus en plus à proposer l’étude des interventions effectuées sur le Mur (dit) d’Hannibal comme sujet de travail de mémoire. Le sujet est très bien reçu par le Professeur Michel Fuchs qui sera son directeur de mémoire. Rapidement, Romain a la chance d’être entouré de plusieurs de ses professeurs et collègues qui participent bénévolement aux analyses spécifiques (archéozoologie, archéobotanique, clavologie).
Un mémoire de Master intitulé, Le Mur (dit) d’Hannibal : Un site de haute montagne hors normes est déposé en mai 2011 puis défendu en juillet 2011 à l’université de Lausanne. Ce travail universitaire ne clôt pas cette première étape des recherches et un article est publié l’année suivante dans l’Annuaire d’Archéologie Suisse 2012[1].
[1] Voir sous la page « Informations », « Bibliographie du projet de recherches ».
2007 – 2008, les prérequis
Problématique de recherche et premier relevé topographique
En 2007, le site du Mur (dit) d’Hannibal soulève toujours de nombreuses questions. Son architecture ainsi que celles de ses aménagements annexes sont incongrues et aucune datation archéologique n’y est admise (l’inscription à caractères lépontiques, en plus d’être remise en question par certain, ne permet pas une datation). La raison d’être d’une occupation à cet emplacement reste obscure malgré plusieurs hypothèses et aucune découverte matérielle ou trace n’a permis d’y mettre en évidence des marqueurs culturels ou d’activités. Les dimensions sociales et économiques que cet aménagement a pu représenter pour les personnes qui ont participé à sa construction ou qui l’ont occupé nous intriguent.
Le 11 octobre 2008, deux géomaticiens, Florian Marcoux et Léonard Evéquoz accompagnent Romain Andenmatten sur le site. 317 points topographiques sont levés en une journée au moyen d’un GPS LEICA SR530 (Fig. 1).

Figure 1, Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, Florian Marcoux, géomaticien, effectue le relevé GPS du site, Andenmatten 2008.
Le matériel utilisé est prêté par l’entreprise Romande Energie SA qui offre également dans le cadre du projet les communications GSM nécessaires à la correction du GPS et la possibilité que les données de terrain soient traitées dans ses bureaux. Les deux géomaticiens, bénévolement venus apporter leur aide, effectuent la mise au propre du relevé lors de deux soirées de travail, les 28 et 30 octobre 2008. Le relevé est effectué de la manière suivante : une ligne de points qui constituent le squelette de l’enceinte est levée sur toute la longueur de cette dernière. Ces points, positionnés sur des blocs de grande taille, sont numérotés et marqués à la peinture. Des profils perpendiculaires à l’enceinte (constitués au maximum de 9 points) sont ensuite effectués. Ces coupes permettent d’estimer le volume de l’enceinte et de sa démolition en plus de situer très précisément ses limites. Sans être observé dans son entier, le mur annexe à l’enceinte est partiellement documenté à ce moment. La limite de l’à-pic puis des points marquants du paysage sont ensuite relevés. Une anomalie et l’abri de l’inscription sont également positionnés à cette occasion. Douze points supplémentaires sont marqués sur d’imposants blocs ou affleurements rocheux pour servir de référence. Ce nouveau relevé, en plus d’apporter une vision volumétrique de l’enceinte et un relevé très précis de l’ensemble du site, permet de placer les différents éléments sur la carte nationale et de posséder dès lors de nombreux points de référence pour les positionnements des futurs travaux et documentations (Fig. 2 et 3).

Figure 2, Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, plan du site, référencé selon les coordonnées CNS, Marcoux, Evéquoz, Andenmatten 2008

Figure 3, Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, profil du mur d’enceinte au niveau du point 95, Marcoux, Evéquoz, Andenmatten 2008.
À partir de la vue d’ensemble offerte par ce relevé, un projet d’interventions ciblées de terrain pour mettre en évidence des éléments datants et des marqueurs culturels ou d’activité est planifié en collaboration avec l’entreprise TERA Sàrl et proposé à la Commune de Liddes et à l’Archéologie cantonale.
[1] Précision de 0.03m au premier point, puis précision millimétrique.
[2] La présence de points référencés selon les coordonnés de la CNS était un prérequis avant toute intervention de terrain invasive.
2006, les débuts
Première appréhension du site
L’été 2006, après une maturité gymnasiale classique, Romain Andenmatten travaille déjà depuis plusieurs mois pour l’entreprise privée d’archéologie TERA Sàrl. Il apprend l’existence du Mur (dit) d’Hannibal suite à une discussion avec un collègue, Jean-Christophe Moret, sur le chantier archéologique autoroutier de Pfyngut (Valais) sur lequel il est en stage[1]. Après quelques recherches documentaires et après avoir rencontré Vincent Quartier-la-Tente, précurseur des recherches sur le site, il décide de se rendre sur place dans le courant de l’été pour se faire sa propre idée du lieu.
Si d’emblée, le site n’a rien à voir avec le général carthaginois Hannibal, aucune découverte archéologique n’y ayant été effectuée, on ne sait vraiment pas du tout à quoi l’on peut s’attendre. Le lieu est étonnant.
La position se situe à une altitude d’environ 2650m sur le versant est du Val d’Entremont, à l’amont du village de Liddes. Elle occupe une crête offrant de grandes distances d’observation en direction du sud et surplombe le fond de vallée de plus de 1000m.
Le site laisse apparaitre un nombre important de vestiges archéologiques qui n’ont que peu été perturbés par l’homme depuis l’abandon du lieu et n’ont parfois été recouverts par aucun dépôt sédimentaire. La construction la plus impressionnante du site est un mur monumental qui délimite un espace protégé de près de 3500m2 en s’appuyant contre un à-pic. Des aménagements se développent à l’intérieur et autour de cette enceinte.
Romain Andenmatten effectue seul, un premier relevé de terrain de l’enceinte, les 30 et 31 juillet 2006, à l’aide d’azimuts boussole et de mesures au mètre à ruban (Fig. 1).

Figure 1 – Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, relevé à la boussole et au mètre à ruban du site, échelle 1:1’000, Andenmatten 2006
Ce relevé permet de visualiser l’emprise de l’enceinte, ses tronçons les mieux conservés, l’emprise de sa démolition et les limites de l’à-pic se situant au sud de la ligne de crête avec plus de précision que les relevés antérieurs. Ce travail, sans être totalement novateur, servira de plan de base dans le cadre de relevés topographiques postérieurs.
Le stagiaire archéologue prend également le temps d’observer l’inscription à caractères lépontiques découverte par Anne-Françoise Quartier-la-Tente en 2005 dans un abri à l’intérieur de l’enceinte (Fig. 2). En 2006, celle-ci est considérée comme douteuse par plusieurs archéologues valaisans mais elle se trouvera être concordante avec les découvertes archéologiques effectuées en 2009 et 2010 et elle finira par être authentifiée en 2012 (voir la page : Inscription à caractères lépontiques).

Figure 2, Liddes, Mur (dit) d’Hannibal, Anne-Françoise Quartier-la-Tente lors de la découverte de l’inscription à caractères lépontiques, Quartier-la-Tente 2005.
Plus que de répondre à des questions, cette première visite sur le site ne fait qu’en ouvrir de nouvelles. Les archéologues qui encadrent Romain reconnaissent également que peu de structures comparables non datées se trouvent à si haute altitude dans les Alpes. L’idée de développer un programme de recherche sur le site poursuivra le jeune étudiant tout au long de ses premières années universitaires en archéologie.
PACCOLAT (dir.) 2011.
PACCOLAT, O. (dir.), Pfyn / Finges, évolution d’un terroir de la plaine du Rhône. Le site archéologique de « Pfyngut » (Valais, Suisse), Cahiers d’archéologie romande 121, Archeologia Vallesiana 4, Lausanne 2011, 444p.
[1] Paccolat (dir.) 2011.


